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Couani  -  par HUGG

Counani : des timbres pour une république qui n’a jamais existé

Nous vous avons proposé, dans notre newsletter précédente, un article de Georges Chapier, consacré à la petite poste de Lyon. Mais si Georges Chapier est surtout connu, c’est pour l’immense travail qu’il a accompli afin de retracer l’origine des timbres de fantaisie et non officiels qui ont proliféré aux XIXᵉ et XXᵉ siècles. À cette époque, il n’était pas rare que des escrocs, plus ou moins habiles, émettent des timbres au nom de pays imaginaires, les vendant à des philatélistes en quête de raretés, jusqu’à ce que la supercherie soit découverte. Ces timbres méritent notre attention non seulement parce qu’ils continuent à déconcerter les philatélistes débutants, incapables de les retrouver dans les catalogues, mais aussi parce qu’ils cachent parfois des personnages hauts en couleur et des récits qui se rattachent avec la grande histoire. C’est le cas des timbres que nous vous invitons à découvrir cette semaine : ceux du territoire de Counani, situé en Guyane, et longtemps disputé entre le Brésil et la France.

“L'affaire de Counani était bien propre à donner lieu à des émissions fantaisistes car elle offrait pour cela un terrain des plus propices.

Cette région resta en effet à l’état indivis entre la France et le Brésil pendant 59 ans (de 1841 à 1900)., chacun des deux pays prétendant voir des droits sur lui aussi indiscutables qu’absolus. Les prétentions de la France n'étaient, certes, pas dénuées de bases solides car on relève dès 1605 l’octroi, par le roi Henri IV au chevalier de la Touche, du titre de lieutenant général du Roi depuis l’Amazone jusqu’à la Trinité. Après une éclipse au profit de l’Espagne, la France s’installa à Cayenne en 1664. Par le traité d’Utrecht, signé en 1713, elle renonça à tous les territoires situés entre l’Amazone et l’Oyapock, mais conserva ceux placés au nord de ce dernier fleuve. En 1777, un fort fut construit à Counani par les Français qui s’établirent également à Macani.

Pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire, les Portugais occupèrent toute la région des Guyanes et s'y installèrent. Le traité de Paris rendit à la France ses droits sur la région mais il omit de fixer avec exactitude les limites séparant les possessions françaises de celles du Portugal, ce dont découla le litige qui nous intéresse. Le traité d'Utrecht, auquel on se rapporta alors, ne s'avéra pas plus précis, ses termes ne définissant pas clairement le fleuve Oyapock qui se confondait avec l'Araguary, si bien que le territoire de Counani se vit réclamé par deux compétiteurs différents et fut finalement neutralisé le 5 juillet 1841 tandis que des négociations étaient entreprises entre la France et le Brésil, L’accord n'ayant pu se faire entre les deux républiques, le litige fut en fin de compte, soumis à la Suisse, qui après mûres réflexions, attribua le territoire contesté au Brésil. Ce dernier ne faisait d'ailleurs pas une acquisition bien brillante, cette région, presque aussi grande que la France, ne comptant qu'une population très clairsemée et ne possédant que peu de richesses naturelles.

Avant la décision helvétique deux tentatives d'un caractère héroï-comique avaient êté faites dans le but de créer une république indépendante de Counani, par deux ambitieux auxquels il ne manqua qu'un peu plus de génie et de sens, pratique pour réussir. Ces tentatives finirent d'ailleurs fort piteusement et n'ont guère laissé comme traces dans l'histoire que quelques timbres fantaisistes conservés comme souvenir par les amateurs de choses curieuses.

Carte du territoire revendiqué par la “République de Counani”.

Le premier de ces épisodes se place en 1887. C'est alors, en effet, qu'un romancier-chansonnier, Jules Gros, conçut le projet grandiose de fonder une république de la Guyane indépendante afin d'en faire don à la France. Il se mit en relations avec deux voyageurs qui avaient exploré ces régions et s'embarqua pour Counani. Arrivé « à pied d'œuvre » il entreprit des négociations avec les chefs locaux et se fit reconnaître par eux président d'un Etat libre qu'il fonda avec leur approbation. De retour en France il s'imagina très sérieusement qu'il était devenu chef de gouvernement; il se mit à légiférer, se fit appeler « Président de la République de la Guyane Indépendante », institua un conseil des ministres, créa une décoration : « l'ordre de Counani », nomma des fonctionnaires, émit, enfin, un timbre-poste dont il annonça la parution dans son Journal Officiel.

Jules Gros, premier président auto-proclamé de la “République de Counani'“.

Cette vignette était de gravure fort médiocre. Elle était ornée d’une étoile et portait la légende : Rep de Counani Postes Liberté. L’indication de valeur 25 c. était, par une étrange bizarrerie, imprimée à l'envers :

Le tout premier timbre de la “République du Counani”.

Le journal L'Ami des Timbres parlait de cette émission dans les termes suivants :

« En cataloguant ces timbres nous disions que l'authenticité nous en paraissait douteuse, mais nous avons reçu depuis la visite d'un officier français qui a séjourné dans ce pays et qui nous a affirmé s'être servi de ces timbres qui ont parfaitement affranchi sa correspondance partout où il a écrit et sans la moindre surtaxe, ils ont donc bien servi. »

Roussin, lorsqu'il signait ces lignes ignorait évidemment la valeur relative du mot partout qui désignait en l'espèce une vingtaine de villages habités par des naturels du pays qui ne devaient pas écrire bien souvent. Tout porte donc à croire que le rédacteur de L'Ami des Timbres s'était laissé largement abuser.

L'aventure se termina assez mal : Le Brésil s'étant plaint au gouvernement français, celui-ci intima au « président » l'ordre d'avoir à cesser ses agissements. Jules Gros tenta alors, sans succès, de céder une partie du territoire de Counani à l'Angleterre et s'embarqua à destination de son « Etat » mais il fut arrêté à Georgetown et réembarqué pour l'Europe par le gouverneur anglais. Ainsi finit cette affaire, qui fut close le 11 septembre 1877 par une note insérée au Journal Officiel (le vrai celui-là) mettant fin à l'existence pseudolégale de cette république d'opérette.

Cinq ans après en 1892, on apprenait tout à coup qu'un nouveau « président » revendiquait la succession de Jules Gros, décédé l'année d'avant. C'était M. Adolphe Brezet, originaire du Brésil et ancien caporal d'infanterie de marine, qui annonça son avènement à toutes les cours et chancelleries d'Europe le 5 octobre 1892 en faisant connaître que la république de Counani s'était donné une constitution. Cette notification était accompagnée de nombreux documents géographiques, historiques et économiques.


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Le Chef de ce lointain Etat accordait volontiers de nombreux interviews aux représentants de la presse se faisant appeller « Vana Assu », « l’homme grand » et se prétendant élu pour dix ans. Voici un échantillon de ses déclarations :

« La Counanie a une superficie de 625.000 kilomètres carrés¹ et compte plus de 300.000 habitants² ; notre territoire est plus grand que la France et les richesses en sont incalculables. Je ne touche aucune indemnité présidentielle. Nos 53 secrétaires, nos 53 députes, nos 11 sous-secrétaires d'Etat, n’émargent au budget que pour 150 francs à titre de frais de déplacements. Nous avons une armée de 2.500 hommes, mais nous n'avons que 500 fusils ; encore les avons-nous pris aux Brésiliens. »

Un service postal fut créé et son organisation definie dans une circulaire signée du « secrétaire des Postes et Télégraphes ». Voici la reproduction de ce document :

« Le Conseiller d'Etat, secrétaire des Postes et Télégraphes, informe les services intéressés que l'Etat libre procède à la réorganisation de son service postal, tant à l'intérieur qu'aux relations de ses bureaux avec les pays étrangers. Tout sera réorganisé et mis en vigueur à partir du 1er janvier prochain.

Les tarifs appliqués seront ceux de l'Union Postale Universelle.

Nous avons donné des ordres aux bureaux de poste de Counani de ne pas délivrer de mandats-poste tant que le service des envois recommandés ne sera pas assuré.

Le service des postes de Counani traitera les correspondances étrangères sur la base de réciprocité.

Les télégrammes doivent être envoyés par Cayenne.

Une ligne de bateaux à vapeur permet de rapides communications entre l'Europe et l'Etat libre de Counani, en relation avec la Guyane Française, Hollandaise et Anglaise et les au-tres Etats de l'Amérique et des Antilles.”

Une société anonyme au capital de 2 millions fut fondée, un de ses premiers actes fut d'émettre une série de timbres-poste, le suivant fut de créer une décoration, l'ordre du « Croissant rouge » dont Brezet était le grand dignitaire.

Il y eut deux émissions de vignettes, la première se fit au type de 1887, en format supérieur et avec la valeur modifiée 5 c. au lieu de 25 c. Les chiffres furent, cette fois, à l’endroit. L’impression se fit en noir sur papier de couleur. Il y eut 7 teintes différents correspondant aux divers districts postaux. Ces timbres furent non dentelés et existent en paires tête-bêche. (…)

Un nouveau type fut gravé peu après et tiré sur papier glacé, le millésime « 1893 » fut ajouté sous le mot « Liberté » et les couleurs furent changées, la valeur reste toujours fixée à 5 centimes.

Les timbres de la deuxième émission du Counani, avec le millésime “1893”. Ces timbres, comme les précédents, existent en 7 couleurs différents correspondant chacune à un district postal : magenta (Calchipour), jaune (Carsevenne), bleu (Couripi), vert (Lagune), orange (Ste-Marie), bleu pâle (Ouassa), blanc (Rocawa). On remarque dans cette nomenclature l’absence du Counani, fait pour le moins étonnant, car il semble que la capitale de cette république devait être la première à posséder ses figurines.

Ces timbres ne péchaient, certes, guère par un excès d'élégance et leur placement difficile y fut attribué. Aussi, le « gouvernement de Counani » décida-t-il de faire une émission qui soit digne de son importance. Le « secrétaire des Postes et Télégraphes » fit donc exécuter une nouvelle série typographique dont l'impression fut beaucoup plus fine, quoique le dessin soit toujours aussi insignifiant. Ces timbres furent dentelés ainsi qu'une série taxe et des vignettes pour lettres chargées et recommandées.

Timbres de la troisième série du Coutani. Les deux timbres de gauche sont issus de la série courante (8 valeurs différentes, de 1 centime à 1 bengali). Le timbre de droite est issu de la série de timbres-taxe (4 valeurs différents, de 5 centimes à 1 bengali). La série est complétée par 1 timbre pour lettres chargées et 1 timbre pour lettres recommandées.

Cette troisième série n'eut, en dépit de son bel (?) aspect typographique, aucun succès dans les milieux philatéliques et fut accueillie par une morne indifférence qui la fit rapidement sombrer dans le néant.

Une quatrième série fut encore éditée en 1893.

Timbre de la 4e série du Counani. Etoile dans un écusson entouré de lauriers. Légende “COUNANI - TRESOR - POSTES” et chiffres de la valeur. Il existe 5 valeurs différentes de ce timbre (5 c. vert, 10 c. rouge, 25 c. bleu, 50 c. violet et 1 f. jaune orange). Le timbre à 1 franc existe également avec surcharge S.O., afin d’être utilisé comme timbre de service (S.O. signifiant vraisemblablement Service Officiel). Les timbres à 50 c. et à 1 fr. existent également surchargés C.P. (avec nouvelle valeur à 5 fr. sur le 1 fr.), la surcharge C.P. signifiant Colis Postaux.
Timbres de la 4e série du Counani. Timbre consulaire : grand format non dentelé. Etoile surmontant le chiffre de la valeur dans un cadre contenant la légende “ETAT LIBRE DU COUNANI - TIMBRE CONSULAIRE" (répété deux fois)”. Etoile dans chaque angle.

Signalons, enfin, un timbre non dentelé mesurant 25 x 39 mm, portant une étoile avec le chiffre de la valeur au centre et la légende « Timbre-Etat libre de Counani » dont nous ne connaissons qu'une seule valeur. Il existe aussi des vignettes non dentelées aux « armes » de Counani.

Timbre à 60 c. rouge, vraisemblablement d’usage fiscal.

Adolphe Brézet se faisait alors volontiers photographier dans sa tenue officielle : coiffé d'un large béret, sabre au côté, et ruban de l'ordre du Croissant Rouge, à travers la poitrine, il avait vraiment belle allure avec toutes les décorations parsemées sur sa tunique. Un notable bourgeois de Lille accepta alors la dignité d'amiral counanien et se trouva ainsi mêlé au grand scandale dans lequel finit cette escroquerie de grand style où furent compromises bien d'autres personnes des plus honorables.

Seules de nos jours les quelques vignettes décrites ci-dessus rappellent le souvenir de cette retentissante affaire. Elles sont les derniers témoins d'une aventure qui aurait pu avoir des suites beaucoup plus sérieuses si elle avait été menée par d'autres hommes que ces ridicules fantoches que furent Jules Gros et Adolphe Brezet.

Georges Chapier.

Texte publié dans son ouvrage de référence : Les timbres de fantaisie et non officiels, éditions de L’Echangiste universel”

Publié le 2025.01.14 # 18:11  - aucun commentaire - |     |
 

Il n’existe pas de meilleur moyen de parfaire sa culture philatélique qu’en se plongeant dans la lecture de la presse et des publications anciennes, dans lesquelles se trouvent quantité d’informations précieuses et érudites.

C’est la raison pour laquelle nous republions chaque semaine une pépite issue de la littérature et que nous la partageons avec vous via notre newsletter.

Si cet article vous intéresse, n’hésitez pas à le commenter, à le “liker” ou, mieux encore, à le transférer à d’autres philatélistes ou à le partager sur vos réseaux.

Notre newsletter a également vocation à vous tenir informés de nos actualités, telles que les dates de nos ventes flashs ou nos participations à des salons, mais aussi à vous donner des “trucs d’expert”. Lisez-la régulièrement pour ne rien manquer !

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La petite poste de Lyon

Nous abordons rarement dans cette newsletter la préphilatélie qui est, rappelons-le, l’étude des marques postales antérieures à l’apparition du timbre. Cette spécialité effraie parfois les collectionneurs non initiés, qui la perçoivent comme complexe à déchiffrer et difficile à comprendre. À tort, à notre avis, car la préphilatélie, en plus d’être passionnante d’un point de vue historique, n’est pas si ardue à explorer, à condition d’y consacrer un peu de temps et d’attention. C’est donc dans l’espoir de susciter de nouvelles vocations que nous republions aujourd’hui le très bel article de Georges Chapier, consacré à la petite poste de Lyon, paru dans l’Echo de la Timbrologie du 31 mars 1941. Bonne lecture !

“Vers le milieu du XVIIIe siècle, le service des postes, s'il était fort bien organisé en France en ce qui concerne les relations avec l'ensemble du territoire de la monarchie et avec l'étranger, ne permettait pas de correspondre à l'intérieur même des villes.

C'est ainsi, par exemple, qu'un Parisien pouvait très bien confier aux postes royales une lettre à destination de n'importe quelle ville de France ou d'Europe. Par contre, il éprouvait les plus grandes difficultés à toucher un correspondant habitant Paris et devait, pour cela, soit faire porter sa lettre par un laquais, soit recourir aux bons soins d'un commissionnaire.

Déjà, au XVIIe siècle, M. de Villayer avait tenté de porter remède à cette situation en essayant de créer à Paris un service de poste locale pour lequel il obtint un privilège royal par lettres patentes en date du 18 Juillet 1653, mais cette initiative avait échoué devant l'indifférence du public qui allait jusqu'à glisser des souris dans les boîtes aux lettres qui avaient été posées dans Paris.

En 1680, un système similaire fut instauré avec plus de bonheur à Londres par un commerçant, William Dockwra, et fut incorporé cinq ans plus tard à la Ferme générale des Postes.

C'est en s'inspirant de ce procédé que Piarron de Chamousset, conseiller maître à la Chambre des Comptes, créa en 1758 un service de « petite poste » qui, par lettres patentes du 5 mars de la même année, reçut l'autorisation du roi Louis XV et, grâce à une organisation remarquable, fonctionna à l'entière satisfaction du public.

Carte maximum de 1961 représentant un facteur de la petite poste de Paris.

Il fallut dix-huit ans pour que ce système eut des rejetons. C'est, en effet, seulement vers 1776 que la ville de Bordeaux vit naître la « petite poste » provinciale.

Un an après, la ville de Lyon adoptait à son tour le même système. C'est à Dagron de la Motte qu'est due l'initiative de cette « petite poste » pour laquelle lui fut accordée, par lettres patentes du 13 Septembre 1777, une autorisation d'exploitation valable pour trente ans.

Nous possédons sur cette initiative deux pièces capitales. Ce sont deux avis officiels de l'administration municipale de Lyon, l'un informant le public de l'organisation du nouveau service, l'autre donnant tous les détails sur son fonctionnement.

Il ressort de ces documents que la « petite poste » de Lyon commença à fonctionner le 1er Janvier 1778, et s'étendait dans un rayon d'environ vingt kilomètres autour de la ville.

Dans la cité même, étaient installées soixante-dix boîtes aux lettres, placées pour la plupart chez des épiciers et marchands de tabac. Le public avait aussi la faculté de donner les lettres aux facteurs qui portaient, nous dit l'avis, « en forme de giberne un petit coffret de cuir fermé au cadenas où les lettres sont introduites par une ouverture telle qu'elles ne puissent être retirées qu'après ouverture du cadenas», ce qui constituait, en fait, de véritables boîtes aux lettres portatives.

Le nombre des facteurs était de seize pour la ville et les faubourgs, plus quelques surnuméraires. Les facteurs faisaient sept tournées par jour. La première tournée avait lieu, en hiver, à six heures du matin et, en été, a cinq heures du matin. La dernière tournée était effectuée en toutes saisons à six heures du soir.

Chaque facteur était muni d'un instrument sonore appelé « claquette », formé d'une planche de bois muni d'un manche mobile en fer, à l'aide duquel il annonçait son passage. Cependant, l'usage de cet appareil était interdit au cours de la première tournée du matin, afin, disait le règlement, « de ne point interrompre inutilement les dames qui sont encore dans les bras du sommeil », souci de galanterie qui paraîtrait bien intempestif de nos jours.

“Claquette” utilisée par les facteurs de la Petite poste, appelée aussi cliquette ou ténèbre dans la littérature spécialisée. Cet instrument a pour finalité de permettre au facteur de signaler son passage aux personnes attendant une lettre. L'objet se tient par la poignée du haut et s'agite de manière à faire heurter les pièces métalliques fixées de part et d'autre de la pièce de bois. Source : Musée de la Poste.

Les premiers facteurs furent, paraît-il, choisis avec un soin tout particulier. Ils devaient posséder de réelles aptitudes à la marche et présenter toutes les qualités requises de fidélité, de probité et d'intelligence afin de mériter la confiance du public. La discipline était des plus strictes et toute faute dans le service était sévèrement punie.


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Le tarif des lettres était de deux sols dans Lyon et de trois sols pour la banlieue. Il en coûtait trois sols par once pour transporter les colis. Le port pouvait indifféremment être payé à l'avance ou être laissé à la charge du destinataire.

Rien ne fut négligé pour assurer le succès de l'entreprise. L'avis au public insiste sur les avantages de la petite poste et fait ressortir, notamment, les facilités qu'elle apportera aux négociants qui pourront communiquer avec leurs commis, et aussi aux parents qui recevront des nouvelles de leurs enfants placés en nourrice car, dit l'imprimé, « Le nombre de nourrissons est immense, les femmes du bas étage étant aussi occupées que les hommes aux manufactures ». Dans le même ordre d'idées on signalait que la correspondance serait rendue plus facile avec les curés pour trouver des nourrices, curieuse publicité qui offre d'intéressants aperçus sur les us et coutumes d'une époque.

Les marques postales utilisées au cours du fonctionnement de la petite poste furent nombreuses. Il y eut d'abord les estampilles indiquant que le port avait été payé ou non. Celles de « port payé » furent au nombre de trois. La première utilisée contenait les lettres “P. P.” dans un cercle. Les deux autres renfermaient les mots “port payé”, dont un simple et l’autre formé de feuilles de laurier :

Lettre adressée au préfet du Rhône avec marque PORT PAYE dans un cercle simple.

Les lettres dont le port restaient à payer recevaient des cachets contenant les mots “port dû”, soit dans un rectangle aux angles droits ou cassés, soit dans un cercle :

Lettre avec marque PORT DU dans un rectangle aux bords cassés. A noter également le cachet indiquant la date de départ (17) et le numéro de la levée (2 Lée) - voir explications ci-dessous.

Au départ de Lyon, aucun cachet particulier n’était au début apposé. Toutefois, vers la fin du XVIIIe siècle, on fut usage d’estampille circulaire contenant la lettre L, seule ou surmontée d'une couronne penchée :

En banlieue, les lettres reçurent, vers la même époque, des griffes portant les mots BANLIEUE ou BANLIEUE DE LYON (en deux lignes), et qui servaient à indiquer la différence de tarif. On trouve aussi des plis portant le nom de la localité de départ. Le catalogue des Estampilles signale les noms suivants: Givors, Mornant, Charly, Chasselay, Curis, Saint-Rambert.

Lettre avec marque “banlieue de Lyon” et taxe 2 décimes manuscrite.

La date de départ était indiquée à l'aide d'un simple chiffre apposé au moyen d'une griffe :

Le numéro de la levée était porté par le même moyen, soit en entier: 6e LEVEE, soit en abrégé : 4e Lée, 3e Lvée :

Enfin, on trouvait encore au dos des lettres (et quelque-fois au recto) des timbres indiquant la lettre du bureau de poste (en petite capitale) et le numéro du facteur.

Ainsi revêtues d'estampilles sous toutes leurs coutures, les lettres ne risquaient évidemment guère de s'égarer.

Aussi le service de la petite poste fonctionna-t-il à l'entière satisfaction des « usagers » sans que rien de défavorable ne fût relevé à son égard. Toutefois, son créateur n'en eut pas longtemps le bénéfice. Un arrêt du Conseil d'Etat en date du 28 juin 1780 supprima, en effet, les privilèges des maîtres des petites postes et incorpora celles-ci dans les postes générales, en laissant cependant un délai allant jusqu'au 1er décembre 1783 pour réaliser ce rattachement.

Nous n'avons pu déterminer la date à laquelle se fit l’incorporation de la petite poste de Lyon. En tout cas, il convient d'insister sur le fait que rien ne fut changé à l'organisation des services de petites postes qui passèrent simplement sous la direction de l'Etat et continuèrent, en fait, à fonctionner comme par le passé, en conservant même leur nom pendant de nombreuses années. (On trouve encore, en 1805, à Bordeaux, des cachets portant la mention « petite poste »).

Lettre transportée par la petite poste de Bordeaux en 1800. Au recto : marque appliquée en noir PETITE-POSTE / BORDEAUX. Source : Musée de la Poste.

Un arrêt du Conseil d'Etat du 31 mai 1786 avait d'ailleurs étendu le bénéfice de la petite poste aux villes qui en étaient dépourvues. Ainsi fut consacrée l'utilité de cette réforme qui, pour avoir été tardive, n'en fut que plus appréciée.

II faut donc rendre hommage à ceux qui, sans autre appui officiel que des lettres patentes, entreprirent de créer un peu partout des petites postes, et tout d'abord au précurseur que fut M. de Villayer, à Piarron de Chamousset, et à tous leurs disciples : Dagron de la Motte à Lyon, Delaunay à Nancy, Mangin à Nantes, Auvresle à Strasbourg, etc.

C'est grâce à ces pionniers, dont peu purent bénéficier pleinement du fruit de leurs efforts, que nos pères purent, ce qui nous semble aujourd'hui si naturel, correspondre entre eux à l'intérieur des villes.

L'ensemble des cachets des petites postes forme l'un des chapitres les plus attachants de la marcophilie. Les estampilles de la poste lyonnaise sont, en particulier, fort intéressantes à rechercher et constituent autant de raretés. Heureux ceux qui peuvent mettre la main sur seulement une d'entre elles !

Georges Chapier.”

Publié le 2025.01.07 # 18:36  - aucun commentaire - |     |

2025 CHAMPIGNONS D’HIVER
Emission d'un collector de quatre timbres sur une nouvelle thématique, les champignons au fil des saisons.
2025 Solidarité avec Mayotte - Croix-Rouge française

Emission d'un timbre à dons d’une valeur de 2,39 euros

intégrant un don d’un euro au profit de la Croix-Rouge française,

dont elle est partenaire depuis plus de 100 ans.

Publié le 2025.01.06 # 15:30  - aucun commentaire - |     |

2025 GRAND SOLEIL

Emission d'un carnet de douze timbres-poste ou l’astre solaire

a inspiré de nombreux artistes de toutes époques et courants artistiques.

2024 CARNET VOTEZ POUR VOS TIMBRES PREFERES - 100 lots à gagner
Carnet guichet - ÉLECTION DU TIMBRE 2024 - de 12 timbres autoadhésifs pour lettres vertes de 20 g

Publié le 2025.01.06 # 15:25  - aucun commentaire - |     |